Hommage à Didar racontée par une agence de presse algérienne

APS : Algérie Presse Service

Hommage posthume à Didar Fawzy-Rossano, militante de la cause nationale à Paris

PARIS – Un hommage posthume a été rendu lundi soir à Didar Fawzy-Rossano, au Centre culturel algérien (CCA) à Paris, où d’émouvants témoignagessont revenus sur l’itinéraire d’une révolutionnaire internationaliste qui a été d’un soutien précieux à la révolution algérienne.

Apportant son témoignage lors du débat, Mme Salima Sahraoui Bouaziz, compagne de lutte de cette combattante infatigable pour la libération des peuples opprimés, a rappelé qu’elle a été « un des piliers du réseau Curiel, dont on ne dira jamais assez, combien il a soutenu notre combat pour l’indépendance ».

Elle cita alors les missions de soutien qu’elle apporta aux militants algériens, tels que le transport sécurisé des responsables de la Fédération de France du FLN, la fourniture de planques, l’aide à la confection de faux papiers, les passages de frontières pour les responsables et les militants recherchés, parfois condamnés à mort.

Elle évoqua également l’organisation des contacts « fructueux » avec des leaders des mouvements démocratiques clandestins, d’Europe et d’Amérique latine, entre autres, qui soutenaient la lutte du peuple algérien, les convoyages transfrontières de courriers enserrés dans les doubles-fonds de voitures de tourisme et la confection et la diffusion des bulletins de propagande.

Salima Sahraoui Bouaziz a indiqué aussi que l’apport capital du réseau Henri Curiel, avec en particulier Didar et « Blanche » (Rosette, l’épouse de Curiel), a été « l’organisation magistrale » du transfert des fonds de l’Hexagone vers les banques suisses.

Une des chevilles ouvrières incarnant l’efficacité

Elle a expliqué aussi que ces fonds, constitués pour l’essentiel des cotisations d’ouvriers et commerçants algériens émigrés, étaient versés au budget de la direction du FLN (le CCE puis le GPRA), argent qui assura en grande partie l’autonomie de fonctionnement de l’organisation du FLN, en particulier en Europe et dont Didar Fawzy-Rossano a été, dit-elle, « une des chevilles ouvrières de ce système, en incarnant l’efficacité ».

L’historien français, spécialiste du colonialisme français, Gille Manceron a affirmé que Didar, née au Caire en 1921, était « un véritable symbole dans les luttes d’émancipation qui ont marqué le XXème siècle et représentait une certaine forme d’engagement qui posait des problèmes et qui cherchait à faire en sorte que ces mouvements d’émancipation n’aboutissent pas sur des déceptions et des impasses ».

Il a expliqué aussi que « c’est dans le soutien à la lutte pour l’indépendance du peuple algérien que Didar a fait ses armes et, avec beaucoup de modestie, joué un rôle important » dans le soutien à la Fédération de France du FLN, relevant qu’ à travers ce rôle, « on comprendra peut-être mieux l’engagement de tous ces « porteurs de valises » qui sans être Algériens ont contribué dans cette lutte d’indépendance ».

« J’ai milité avec elle dans les réseaux Henri Curiel d’aide à la Fédération de France du FLN. C’était une militante très convaincue de ses engagements, fidèle à ses idées », a affirmé Mme Joyce Blau qui a confié à l’APS avoir été « une amie de très longue date » de cette militante « infatigable » des causes justes dans le monde.

« J’ai connu Didar le jour de l’assassinat d’Henri Curiel à Paris en 1978 », dira pour sa part la nièce de cet autre militant anticolonialiste, la journaliste Sylvie Breban, qui travailla avec Gilles Perrault sur le livre dédié à Henri Curiel et qui confie avoir été « bouleversée » ce jour-là, à la vue de cette « femme exemplaire » qu’elle voyait, pour la première fois, et qu’elle ne quittera jamais par la suite.

Des extraits de films du réalisateur, Mehdi Laâlaoui, ont par ailleurs été projetés devant un public nombreux, apportant davantage d’éclairages sur ce que fut le parcours de cette combattante infatigable, dans son engagement sans failles auprès des mouvements de libération, militant aussi bien aux côtés des Palestiniens que des Sud-africains dans leur lutte contre le régime de l’apartheid.

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SOIRÉE D’HOMMAGE À DIDAR FAWZY ROSSANO

le lundi 27 juin 2011

à 18 heures

CENTRE CULTUREL ALGÉRIEN

171 rue de la Croix-Nivert

75015 Paris

téléphone : 01 45.54.95.31

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Didar, parmi les six résistantes pour l’indépendance de l’Algérie, qui s’étaient évadées, en février 1961, de la prison pour femmes à Paris

« Hélène Cuenat, dans ses Mémoires, la Porte verte 1 , cite Didar Fawzi Rossano, parmi les six résistantes pour l’indépendance de l’Algérie, qui s’étaient évadées, en février 1961, de la vieille prison pour femmes de la Roquette (aujourd’hui rasée, et située alors entre le cimetière Père-Lachaise et la Mairie du 11e à Paris.
D’après l’auteur de cet ouvrage, le nom de jeune fille de la résistante égyptienne est Diane Rossano, son prénom est Didar, Fawzi c’est celui de son premier mari, colonel parmi les officiers libres égyptiens, avec Nasser, puis diplomate.

Ces militantes y étaient emprisonnées, ainsi que plusieurs autres résistantes algériennes et françaises, parce qu’elles appartenaient soit au Front de libération nationale algérien, comme les deux Algériennes de naissance, Zina Harraïgue et Fatima, soit au réseau Jeanson, comme les trois militantes françaises, condamnées à 10 ans de prison chacune : Micheline Pouteau, Jacqueline Carré et Hélène Cuenat, militant du PCF, soit au Réseau de Henri Curiel (communiste juif égyptien), comme Didar Fawzi Rossano. (NDLR).

1. éditions Bouchène, Paris, 2001. »

Source: Respublica, n° 657

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Algérie: Didar Fawzy Rossano, la clandestine d’Alger

Le Matin DZ, 10 juin 2011

Née le 20 août 1921 au Caire, morte accidentellement à Genève le 26 mai 2011 ; militante aux côtés d’Henri Curiel* au Caire dans le mouvement clandestin de libération nationale qui devient en 1947 Mouvement démocratique de libération nationale s’affirm

Elle fut de tous les combats d’Henri Curiel : à la fin des années 40 en Egypte avec la fondation du Parti communiste ; en France avec l’aide aux Algériens du Front de libération nationale, dans les années 50, jusqu’à ce qu’ils conquièrent leur indépendance (elle « portait leurs valises », en fut emprisonnée et s’évada spectaculairement de la prison pour femmes de la Roquette en 1961) ; en Algérie, dans les années 60, pour participer à l’expérience socialiste algérienne où elle excella dans la mise en place des chantiers de jeunesse ; au Proche Orient, pour aider les uns et les autres à se parler ; en Afrique du Sud, avec les militants antiapartheid …

C’est dans le quartier européen du Caire que grandit Diane Rossano ; elle appartient à une famille juive de bonne condition au sein des « colonies » qui bénéficient encore des protections capitulaires, en l’occurrence celle du Royaume d’Italie ; le régime des capitulations est aboli en 1935-1936, mais les distinctions de statuts demeurent (cf. Henri Curiel*). Son père termine une carrière à la banque comme Directeur de la Banque nationale du Caire. Face à la domination britannique, ce qui peut aussi ouvrir quelques complicités de jeunesse avec des enfants de la bonne société musulmane égyptienne, Diane Rossano grandit dans un milieu francophone et francophile. L’aisance familiale lui permet d’être inscrite au lycée français de filles, institution de la Mission laïque française à la stricte tenue ; elle est en quelque sorte dispensée des bonnes institutions chrétiennes d’où ses sœurs aînées avaient été retirées par crainte du prosélytisme qui avait gagné des membres de la famille. Renvoyée à la suite d’une fugue à l’âge de quatorze ans, elle reprend ses classes à l’École Jabès ; avec le BES, elle entre compter les billets à la Banque nationale.

En 1935, sa sœur aînée, qui la récupère lors de sa fugue, la met au contact d’Henri Curiel* ; l’aînée fait en effet partie de ce cercle d’amies entraînées dans le tourbillon de soirées dansantes aux terrasses des grands hôtels qui accompagne les vingt ans du jeune cadet de la Villa Curiel et va durer quelques années. Sans mépriser les surprises parties et le sport au Guezireh Sporting Club sur l’île sélecte de Zamalek, -plus tard le jeune officier Osman Fawzy la guidera au club hippique-, c’est par la voie politique qu’elle retrouvera Henri Curiel*. Dans les rues populaires du Caire, Diane Rossano bute aussi sur la misère des migrants égyptiens.

Quand s’ouvrent en 1939 les années de guerre qui voient stationner les troupes alliées aux côtés des Britanniques et qu’au Caire Georges Gorse* dirige la Délégation gaulliste et les Amitiés françaises, Diane Rossano se lie aux groupes d’études marxistes qui touchent cette jeunesse juive et européenne se pensant égyptienne. Elle découvre le matérialisme historique avec un jeune italien d’Alexandrie proche du groupe Iskra, passe au regroupement de la Ligue ou Union démocratique antifasciste qu’anime au Caire, entre autres, Henri Curiel*. Quand l’armée allemande de Rommel menace Le Caire en 1942, elle tient la bibliothèque de la Ligue.

En septembre 1942, elle épouse Osman Fawzy, un officier du corps de la cavalerie (blindés) de l’armée égyptienne et aura deux filles. Par son mariage, elle deviendra Didar Fawzy, égyptienne. Avec lui, elle rejoint, à sa création en 1943, l’organisation clandestine dirigée par Henri Curiel* : le Mouvement égyptien de libération nationale. Le mouvement se singularise des autres organisations qui se veulent communistes en conjuguant libération nationale et libération sociale, menant des campagnes d’alphabétisation ; elle manifeste aussi sa solidarité aux soldats grecs stationnés en Égypte mutinés contre leurs officiers fascistes et réprimés par l’armée britannique.

Après un temps de garnison aux côtés de son mari officier, c’est le retour au Caire à la fin de 1945 quand monte le mouvement de grèves des ouvriers du textile et des étudiants, donnant naissance, au printemps 1946, au comité national des étudiants et des ouvriers. Alors que la répression fait son œuvre en 1947, les principaux groupes participent à la transformation du Mouvement égyptien de libération nationale (MELN) en Mouvement démocratique de libération nationale (MDLN). Henri Curiel* en est le responsable politique. Il prend position au nom du Mouvement, non sans critiques et scissions, pour la résolution de partage de la Palestine qui porte la création de l’État juif. En mai 1948 le Mouvement milite, y compris parmi les jeunes officiers, contre la guerre lancée par les États Arabes, la considérant comme une dérive de la question nationale.

L’action se poursuit dans la clandestinité, et la répression s’abat sur tous les groupes. Didar Fawzy est à nouveau aux frontières avec Osman, qui est alors envoyé au front. Interné dans un camp, Henri Curiel* est expulsé sur l’Italie en 1950 ; Didar Fawzy, passant par Rome en 1951, l’aide à gagner Suisse puis Paris où il crée un groupe semi-clandestin, dit de Rome, avec Joseph Hazan* et d’autres exilés du MDLN. En correspondance avec Didar Fawzy, le groupe est tenu au courant des activités en Égypte auxquelles elle continue à participer jusqu’après l’incendie du Caire du 26 janvier 1952 et le coup d’État militaire du 23 juillet 1952. Elle suit l’évasion du héros des grèves ouvrières de 1946, Mohammad Chatta, préparée avec Sherif Hetata, jeune médecin devenu cadre permanent, évadé et planqué à Paris par le « groupe », et revenu clandestinement dans le Delta.

Le MDLN a des partisans et une certaine audience dans l’organisation des « Officiers libres ». En 1953, alors qu’avec ses filles, elle est à Moscou, où son mari est attaché militaire, Didar Fawzy est mise en cause au cours d’un procès communiste. En 1954, séparée de son mari, elle rejoint le groupe MDLN à Paris. Mais elle fait des retours en Égypte. Le Président Nasser nationalise la Compagnie du Canal de Suez en juillet 1956, et tient tête à l’expédition anglo-franco-israélienne qui correspond aussi à la recrudescence de la guerre coloniale française en Algérie.

Après avoir participé à l’action du « groupe » en faveur du droit à la nationalisation de la compagnie du Canal, notamment à Londres auprès du Movement for Colonial Freedom, Didar Fawzy, de retour au Caire avec ses filles, assure par l’intermédiaire d’Osman Fawzy les liaisons écrites de Curiel* avec Khaled Mohieddine, retourné en Égypte de son exil suisse après Bandoeng. Elle assure aussi des liaisons (écrites et directes) avec les camarades torturés, condamnés aux travaux forcés et emprisonnés à Kharga (oasis du désert occidental), dont son compagnon, hérif Hetata.

À Paris pour Curiel*, la cause algérienne et l’action contre le colonialisme français deviennent premières. À partir de novembre 1957, à nouveau à Paris, vivant avec ses deux filles dans deux chambres d’un petit hôtel du quartier latin, elle travaille à mi-temps pour la revue Orient. Elle fait partie, avec Rosette Curiel et Joyce Blau*, du petit groupe autonome animé par Curiel qui rend des services au réseau de soutien dirigé par Francis Jeanson*, tels l’impression de Vérités Pour…, des passages de frontières et des planques. Rosette Curiel suit les transferts de fonds du FLN en Suisse.

Après la vague d’arrestations de janvier-février 1960, Didar fait partie du réseau constitué par Curiel sur la demande de la Fédération de France du FLN. Tout en poursuivant les services de soutien au FLN, son projet est de rassembler en un Mouvement anti-colonialiste français (MAF), les forces hostiles à la guerre, favorables ou non au soutien des militants algériens. Il travaille avec Victor Leduc*, en dissidence du PCF, la plateforme qu’approuve la réunion fondatrice, tendue par l’opposition entre Francis Jeanson* et Curiel*, à Saint-Cergue dans le Jura suisse, le 20 juillet 1960. Didar s’occupe du passage des frontières et des planques avec Jehan de Wangen* qui assure, plus largement, l’intendance du réseau. Elle est arrêtée avec lui et Henri Curiel*, le 20 octobre 1960.

Après le passage par les locaux de la DST et le dépôt, elle rejoint les prisonnières politiques de la Petite Roquette. Elle fait partie du groupe des six femmes qui préparent et réalisent l’évasion de février 1961. À la suite de péripéties imprévues, elle atterrit avec deux autres camarades chez une ancienne détenue algérienne qui les conduit à un hôtel algérien. Planquée le soir même, elle est évacuée vers la Belgique un mois plus tard, puis acheminée sur le Maroc. Elle travaille au service de presse de la Mission algérienne du FLN à Rabat puis prend part à Oujda, près de la frontière, à l’enseignement donné aux jeunes algériens réfugiés. Elle rejoindra l’Algérie où elle résidera de 1962 à 1982, avec des retours clandestins à Paris.

Entrée à Paris à l’École des Langues Orientales, elle avait obtenu le Diplôme de l’école (en arabe) ; elle fait ensuite une licence d’histoire à l’Université d’Alger avant d’obtenir un doctorat d’État en histoire à l’Université de Paris 7, par une thèse republiée récemment et traduite en arabe, sur le Soudan contemporain. En Algérie sous le gouvernement de Ben Bella, elle organise le travail volontaire des jeunes et se consacre à l’aide internationale aux mouvements de libération que conduit l’organisation Solidarité créée en 1962 par Henri Curiel* qui la coordonne depuis Paris jusqu’à son assassinat en 1978. Après avoir, pour mémoire, repris dans un livre son itinéraire de communiste, résidente en Suisse, Didar Fawzy-Rossano s’occupe de sa traduction en arabe.

René Gallissot -lematindz

ŒUVRE : D. Fawzy-Rossano, Mémoires d’une militante communiste (1942-1990) du Caire à Alger, Paris et Genève. Lettres aux miens. L’Harmattan, Paris 1997 et Le Soudan en question, Éd. La Table Ronde, Paris 2002

SOURCES : G. Perrault, Un homme à part. Barrault, Paris 1984. -Autour de l’action et de l’assassinat d’Henri Curiel. Textes et documents. Colloque international Université de Paris 8, novembre 1998. -Des Brigades internationales aux sans-papiers. Crise et avenir de la solidarité internationale (M. Rogalski et J. Tabet, dir.), Actes des rencontres internationales Henri Curiel (novembre 1998, Gennevilliers), Le Temps des Cerises, Pantin, 1999. -J.-L. Einaudi, franc-tireur. Georges Mattéi, de la guerre d’Algérie à la guérilla. Le Sextant-Danger public, Paris 2004. — J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent. La Découverte, Paris 2004. — Échanges avec Didar Fawzy-Rossano.

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elle a été d’un soutien précieux à la révolution algérienne

Source : Liberté, Jeudi 09 Juin 2011

ELLE A ÉTÉ D’UN SOUTIEN PRÉCIEUX À LA RÉVOLUTION ALGÉRIENNE

Hommage à Didar Fawzy Rossano

Par : Salima Sahraoui Bouaziz

Une grande dame, combattante infatigable pour la libération des peuples opprimés, nous a quittés brutalement dans l’après-midi du 26 mai 2011, à Genève.

Elle avait 90 ans. Il s’agit de toi, Didar Fawzy Rossano, ma sœur et compagne de combat, ma “camarade” comme tu l’écris dans la dédicace de tes mémoires. Ton long et si riche cheminement ne peut être qu’esquissé en ces lignes. Sommes-nous devenus amnésiques ? La disparition d’une telle personnalité de l’Histoire récente de notre pays, de notoriété mondiale, mérite un hommage officiel de notre presse et des hauts responsables de l’Algérie, qui l’ont personnellement connue.

Dès l’âge de 18 ans, et jusqu’à sa mort, elle s’est engagée aux côtés des militants antifascistes, anticolonialistes, contre les dictatures et au service de la paix entre des peuples libérés. Juive égyptienne, issue d’une famille aisée du Caire, d’origine italienne, elle a été communiste jusqu’à sa mort et de tous les combats pour une humanité émancipée, en commençant par “la révolution des officiers libres” contre le roi Farouk. Pas seulement combattante, ses travaux universitaires sur le Soudan font référence. Elle a tissé des liens avec les Africains du Sud sous apartheid et les Palestiniens, profondément attachée à une solution durable de paix israélo-palestino-arabe hélas encore utopique. Dans les années 50/60 du siècle passé, sa place était aux côtés du peuple algérien en guerre.

Elle a été un des piliers du réseau Curiel, dont on ne dira jamais assez combien il a soutenu notre combat. Citons les missions de soutien “ordinaires”, tels que le transport sécurisé des responsables de la Fédération de France du FLN, la fourniture de “planques”, l’aide à la confection de faux papiers, les passages de frontières, pour les responsables et les militants recherchés, parfois condamnés à mort…

Citons l’organisation de contacts fructueux avec des leaders des mouvements démocratiques clandestins, d’Europe et d’Amérique latine entre autres, le convoyage transfrontières de “courriers” enserrés dans les double-fonds de voitures de tourisme, la confection et la diffusion des bulletins de propagande.

Mais ce qui a été l’apport capital du réseau Henri-Curiel, avec en particulier Didar et “Blanche” (Rosette, l’épouse de Curiel) c’est l’organisation magistrale du transfert des fonds de l’Hexagone vers les banques suisses. Ces fonds constitués pour l’essentiel des cotisations des ouvriers et commerçants algériens émigrés, le “nerf de la guerre” versé au budget de la direction du FLN (le CCE puis le GPRA).

Cet argent qui a assuré en grande partie, l’autonomie de fonctionnement de l’organisation FLN en particulier en Europe.

Ton nom restera dans l’Histoire de la guerre d’Algérie comme celui d’une des six héroïnes : deux Algériennes, Zina Haraïgue, Fatima Hamoud, trois Françaises : Hélène Cuenat, Micheline Pouteau, Jacqueline Carré et toi l’Égyptienne, leur aînée, militantes pour la libération de l’Algérie qui ont réussi l’exploit unique de s’évader, ensemble, une nuit de février 1961, de la prison de la Roquette à Paris !

Se joint à moi dans cet hommage, Akila, notre sœur de combat, qui t’a personnellement connue durant la décennie noire.

Alger, le 6 juin 2011

Salima Sahraoui Bouaziz, Militante permanente de l’OS/Fédération de France du FLN (1954/1962)

Akila Abdelmoumen Ouared, Militante permanente de l’Organisation politico-administrative/Fédération de France du FLN (1954/1962)

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Didar Fawzy Rossano, révolutionnaire et internationaliste des XXème et XXIème siècles

par Sylvie Braibant

source : Caravane

À l’automne 1980, dans le bateau qui reliait le port italien d’Ancône à celui d’Haïfa par les routes méditerranéennes, Didar Fawzy Rossano accomplissait son premier voyage vers Israël. Elle avait 70 ans et elle affichait une curiosité de jeune femme pour ce pays déjà si présent dans sa vie, en négatif ou positif. À mi chemin, l’île de Rhodes, et ses petites figues noires si savoureuses, dépassée, les douaniers israéliens l’appelèrent (comme les autres passagers) pour contrôler son identité. Le jeune officier tentait de comprendre : « vous vivez à Genève, vous êtes de nationalité britannique, vous êtes née au Caire, votre assurance sociale est italienne, et votre permis de conduire est algérien. Et vous vous appelez Diane ou Didar ?… ». De son accent chantant et rauque qui roulait les r, Didar remonta le fil du temps, et le douanier lui remis son passeport avec un léger sourire admiratif et presque tendre. Didar pouvait poursuivre son chemin et ses combats, parmi lesquels, lorsqu’elle faisait route vers Haïfa, la volonté de rapprocher Israéliens et Palestiniens.

Elle était née, en août 1921 au Caire, dans le confort d’une famille de la bourgeoisie juive de la capitale égyptienne alors cosmopolite, bruyante et joyeuse. Pour montrer que l’antisémitisme y était alors inconnu, elle racontait que ses camarades d’école, musulmanes ou chrétiennes, prétendaient toutes être juives. Son désir de s’ouvrir au monde fut précoce : à 12 ans, elle fuguait en compagnie d’un cousin, en route pour l’Amérique fantasmée. Ils furent rattrapés avant d’embarquer. La seconde guerre mondiale éclata alors qu’elle fêtait ses 18 ans. Les mouvements antifascistes, communistes ou nationalistes prenaient de l’ampleur en Égypte, sous l’impulsion des diverses communautés, britanniques, françaises ou juives. Une figure émergea, celle d’Henri Curiel, lointain cousin, issu de l’une des familles les plus prospères du Caire, qui passa de la vie d’oisif à celle de militant indéfectible du communisme international, du soutien aux luttes anticolonialistes, et de la paix israélo-arabe. Elle mis ses pas dans les siens, imbriquant avec cohérence sa vie privée et combattante, révolutionnaire aussi bien dans le public que dans le privé.

Memoires Le premier homme à l’éblouir fut un officier libre, engagé dans le coup d’État mené par Nasser en 1952 contre une monarchie en déliquescence. Ce ne fut peut-être pas toujours facile pour Névine et Maïra, leurs deux filles qu’elle aimait tant, parfois à distance, et se voulait attentive à leurs propres parcours, sans jamais chercher à les influencer. Elle pouvait aussi être entêtée, sans être butée… Un jour je la croisais avec sa petite fille Gwénaëlle, alors âgée de 10 ans, dans le métro parisien. La veille et l’avant veille, elles avaient vu Le livre de la jungle, puis Blanche neige et les sept nains. Didar refusait d ‘aller plus loin dans cette concession au capitalisme américain triomphant en allant à la séance des 101 dalmatiens. Gwenaël insistait en souriant joyeusement, sûre d’emporter le morceau. Je sus qu’elle n’avait pas échappé au film honni…

Elle fut de tous les combats d’Henri Curiel, : à la fin des années 40 en Egypte avec la fondation du Parti communiste ; en France avec l’aide aux Algériens du Front de libération nationale, dans les années 50, jusqu’à ce qu’ils conquièrent leur indépendance (elle « portait leurs valises », en fut emprisonnée et s’évada spectaculairement de la prison pour femmes de la Roquette en 1961) ; en Algérie, dans les années 60, Soudan pour participer à l’expérience socialiste algérienne où elle excella dans la mise en place des chantiers de jeunesse ; au Proche Orient, pour aider les uns et les autres à se parler ; en Afrique du Sud, avec les militants antiapartheid ; etc, etc. L’assassinat d’Henri Curiel, le 4 mai 1978 à Paris, par un commando de mercenaires, ralentit ses activités. Cela ne signifiait nullement un renoncement. Elle se déplaça sur le terrain de l’écriture et de la recherche, publia sa thèse sur le Soudan contemporain, puis ses mémoires. Et continua à nous faire part de ses réflexions sur le monde agité de l’après 11 septembre. Elle s’enthousiasmait ces dernières semaines à l’écoute des échos révolutionnaires en provenance de son Égypte bien aimée, mais aussi de Tunisie et d’ailleurs.

Voilà deux ans, elle avait annoncé avec une certaine timidité que le combat le plus pertinent aujourd’hui était sans doute celui des femmes pour leurs droits et leur émancipation.

Elle marchait vite et toujours droit devant elle, ceux qui suivaient devaient parfois courir pour ne pas être tenus à distance. Une voiture aura eu raison de sa force, à Genève, un après-midi de mai 2011.

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Intervention de Didar Fawzi au colloque Henri Curiel du 30 mai 1998

Didar_Fawzy.mp3

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